Discours Article provenant de  Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes

Jean-Pierre Blais au Cercle canadien de Toronto à propos des nouvelles à la télé dans une ère de changements

Toronto (Ontario)
Le 17 février 2016

Jean-Pierre Blais, Président
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes

Priorité à l'allocution

« Peu importe le parcours que vous choisissez, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que vous avez tort. » [Traduction]

Voilà ce que disait l’essayiste et conférencier états-unien Ralph Waldo Emerson, il y a 150 ans de cela.

Au CRTC, nous pouvons nous identifier à ces mots.

Certains sont en désaccord avec la direction que le CRTC est en train de prendre. Notre orientation bouscule leurs droits et menace leurs moyens de subsistance. Clairement et régulièrement, ces intérêts expriment leur désaccord. Nous le voyons tous à la télévision, nous l’entendons à la radio, et nous le lisons dans les communiqués de presse, les journaux et les blogues.

Les Canadiens, et ils sont nombreux, qui participent à nos consultations et se présentent à nos audiences racontent une autre histoire. Ils sont favorables à des règlements adaptés et tournés vers l’avenir qui retirent des droits anciens et favorisent un marché dynamique qui récompense l’intelligence, la créativité et l’audace.

Il est normal d’avoir des opinions divergentes. Le système de communication traverse une période de changement intense et continue; cela crée de l’angoisse par rapport à l’avenir et, conséquemment, la direction que nous empruntons suscite des doutes et même de la peur, en particulier chez ceux qui ont un intérêt particulier à préserver le statu quo.

Cette divergence d’opinion explique pourquoi je suis ici aujourd’hui : afin d’éclairer la direction que nous prenons et, parallèlement, faire disparaître une partie de cette angoisse, ou du moins, persuader davantage d’entre vous à nous suivre dans ce périple en vous présentant les détails de cette orientation.

Avant d’aller plus loin, je tiens à souligner que notre rencontre aujourd’hui se déroule sur les terres ancestrales des peuples des Premières Nations. Je les remercie et je rends hommage à leurs aînés.

Je remercie également le Canadian Club d’accueillir cette activité et Rogers de l’avoir commandité — mais je préviens les représentants de Rogers qu’il est probable qu’ils soient en désaccord avec une partie de mon propos. Au fait, une version française de mon discours est maintenant disponible sur notre site Web.

Maintenir le cap

« Peu importe le parcours que vous choisissez, il y aura toujours quelqu’un pour vous dire que vous avez tort. »

Emerson a dit plus encore : « Il y a toujours des difficultés qui font surface et qui tendent à vous faire croire que ces critiques sont justifiées. Tracer un plan d’action et le suivre jusqu’au bout requiert du courage. » [Traduction]

Au CRTC, le plan d’action que nous suivons n’est pas seulement le nôtre. Nous rejoignons les Canadiens à l’aide de nouveaux moyens qui sont toujours plus accessibles, afin de les amener au centre de nos conversations sur l’avenir de la radiodiffusion et des télécommunications dans ce pays. Les invitations que nous leur lançons sont simples : Parlons télé, Parlons Internet. Et ils répondent à l’appel. Ils nous disent qu’ils veulent reprendre le contrôle de leur système de communication.

Leur détermination est une source d’inspiration et m’amène à vous parler de trois volets de ce système et de la direction que les Canadiens nous ont demandé d’emprunter — et continuent de nous demander instamment d’emprunter — afin de répondre à leurs attentes.

Les nouvelles télévisées à l’ère du changement

Le premier est l’avenir des nouvelles télévisées. Nous sommes sur le point de terminer une consultation sur l’avenir de la programmation télévisuelle locale et communautaire — une consultation qui est ouverte et transparente et qui s’appuie, comme le font tous ces processus, sur une méthodologie éprouvée relative à la collecte, à l’analyse et à la vérification de données. Les audiences ne sont pas des cocktails où les gens peuvent dire n’importe quoi et s’attendre à ce que leurs opinions ne soient pas remises en question ou que leurs données ne seront pas soumises à un examen.

Les Canadiens nous disent valoriser les bulletins de nouvelles locales, car ceux-ci créent un lien direct avec leurs collectivités. Les bulletins de nouvelles locales, disent-ils, les aident à mettre en contexte les événements internationaux. Et les bulletins de nouvelles locales les aident à mieux se préparer à participer à la vie démocratique, économique et culturelle du Canada.

Cela étant dit, le tourbillon de changements technologiques perturbe le domaine de l’information. Uber, Airbnb, Amazon et plusieurs autres sont toutes une variation sur le même thème : l’effet perturbateur de la technologie des communications sur les entreprises aux activités traditionnelles.

Assombrir l’éclairage

En 2014, huit journaux canadiens ont cessé de publier. Ceux qui demeurent regroupent leurs salles de nouvelles et réduisent la quantité de texte pour accorder plus d’espace aux photos.

Au pays, il existe plus de 1 100 stations de radio qui sont fondamentalement de nature locale — et le sont avec fierté, et elles sont axées sur les besoins de leurs collectivités. Il faut dire que la radio parlée est populaire dans la plupart des grands centres urbains. Malgré cela, le secteur de la radio doit composer avec la popularité croissante des services musicaux de lecture en continu et la très grande disponibilité des voitures équipées de la technologie Wi-Fi.

Les stations de télévision locales doivent également relever leurs propres défis. Il y a quelques années, les employés de CHEK à Victoria ont posé des gestes, comportant sur le plan personnel de grands risques financiers, afin de sauver leur station de télévision locale.

Depuis, un nombre inquiétant de stations de télévision locales ont réduit la durée de leurs bulletins de nouvelles, retranché du personnel et centralisé la production de leurs émissions d’information.

En mai dernier, c’est ce qu’a fait OMNI, une propriété de Rogers, lorsque ses stations de Toronto, Calgary, Edmonton et Vancouver ont laissé tomber la diffusion de leurs bulletins de nouvelles dans une troisième langue.

BCE a fait de même en novembre alors que l’entreprise a mis à pied 350 employés, dont plusieurs travaillaient dans les salles de nouvelles de ses stations de télévision locales.

Même chose chez CHCH Hamilton lorsqu’en décembre, la station a réduit de 80 à seulement 17,5 le nombre d’heures hebdomadaire d’émissions de nouvelles locales.

Je m’inquiète que de telles coupures qui semblent marginales viennent toucher à la qualité, à la quantité et la capacité des bulletins de nouvelles locales. Le Canada peut se compter chanceux d’avoir quelque 110 stations locales et des centaines de stations de radios et de journaux communautaires.

Pourtant, lors de notre audience publique, Kirk Lapointe a dit ceci : « Notre pays est trop petit pour permettre aux radiodiffuseurs de réduire encore davantage l’éclairage des studios de nouvelles, une ville après l’autre. » [Traduction]

M. Lapointe est l’ancien dirigeant de CTV News et directeur fondateur de la rédaction du National Post. Son propos s’appuie sur une vaste expérience que peu de gens sont en mesure d’égaler.

Si nous permettons que toutes les stations puissent être fermées une à une au nom des profits et des pertes, que restera-t-il lorsque la dernière aura mis la clé dans la porte? Qu’est-ce qui va apparaître pour les remplacer?

Un marché d’idées

Certains estiment que le bulletin de nouvelles local de l’heure du souper est le symbole d’une ère révolue — quelque chose qui peut être remplacé par une technologie plus engageante et plus ancrée dans l’immédiat, ou qui peut être découpé en petits morceaux.

De fait, le contraire est vrai. Les Canadiens valorisent les nouvelles télévisées et les considèrent aussi pertinentes qu’à tout autre moment de leur histoire.

Je crains que les gestionnaires des médias — les dirigeants d’entreprises, les comptables, les avocats et les détenteurs d’un MBA — se soient éloignés de leurs auditoires. Les analystes de Bay Street mettent l’accent sur les résultats trimestriels, les profits, les bilans, le prix de l’action et autres cartes de visite de la fortune personnelle. Ils ne se préoccupent pas autant de la santé d’activités onéreuses qui contribuent à maintenir la richesse de notre démocratie.

Voici ce qu’ils doivent apprécier — et ce qu’il faut leur rappeler — : ils détiennent un actif en fiducie qui n’est pas accessible par le truchement de canaux commerciaux réguliers. Pour une société, la valeur que représente une presse dynamique, libre et responsable est incommensurable. C’est un bien commun. Les nouvelles télévisées appartiennent au marché des idées, et non pas au marché des dividendes plus élevés à remettre aux investisseurs. Il ne faudrait jamais perdre cela de vue.

Le journalisme à l’ère numérique

Les gens d’un certain âge ou ayant une certaine prédisposition défendront l’idée que le journalisme citoyen, axé sur le numérique, est tout aussi efficace que les médias traditionnels, voire peut-être plus. Que Twitter, Facebook, Periscope et Meerkat qui livrent instantanément d’énormes quantités d’information aux ordinateurs, aux tablettes et aux téléphones intelligents, devraient être valorisés au détriment des bulletins de nouvelles statiques à horaire fixe.

Je n’en suis pas convaincu. Du moins, pour le moment.

De fait, je me demande si leur refrain découle d’un souhait de rationaliser les coupures de postes. Car même s’il est possible d’accorder une certaine valeur à la rapidité avec laquelle ces services fournissent l’information, à l’heure actuelle, le portrait qu’ils présentent est, au mieux, à demi achevé. YouTube, Facebook et Twitter sont en ligne depuis à peine 10 ans. En tant que société, pouvons-nous nous permettre de confier un élément aussi fondamental pour notre démocratie que la couverture de l’information à des services qui en sont toujours à leurs débuts? Les journaux ont raffiné leurs pratiques journalistiques au fil des siècles; les stations de télévision et de radio le font depuis des décennies.

J’apprécie et je respecte grandement l’histoire, mais loin de moi l’idée de m’accrocher aux vestiges du passé. J’apprécie que ces technologies perturbatrices habilitent les gens. Que le fait qu’une personne ait tout juste besoin d’un téléphone intelligent et d’un compte YouTube pour raconter des histoires qui sont dans l’intérêt public et les partager instantanément avec des millions de gens. Un jour viendra peut-être où ces médias émergeront en tant que technologie de l’avenir pour la couverture de l’information. La technologie a plusieurs effets positifs sur la manière dont les journalistes collectent l’information et couvrent les nouvelles. C’est le moment Gutenberg de notre époque. La Freedom of the Press Foundation offre un logiciel libre qui permet aux citoyens d’échanger de l’information de manière sûre et anonyme avec les journalistes. Le Globe and Mail a fait sienne cette technologie. CBC/Radio-Canada utilise une technologie semblable.

Certains se sont demandés pourquoi Vice a comparu en premier lors de notre audience publique sur la télévision locale et communautaire. Je leur répondrai qu’il n’y a aucun monopole sur le bon journalisme. Comme Marsha Lederman l’écrivait récemment dans le Globe and Mail, « il y a beaucoup à apprendre des sources d’information de rechange, de Vice à Pro Publica». [Traduction]

J’ai hâte au moment où nous pourrons affirmer avec certitude que ces entreprises sont pleinement devenues de véritables sources d’information médiatiques fiables et responsables. J’espère que plusieurs autres innovateurs sur le plan de l’information apparaîtront rapidement. Nous avons besoin de leur aide.

Dans l’ensemble, cependant, la force des technologies numériques de nos jours repose sur le fait de donner aux citoyens l’occasion de se brancher sur leur système de communication et d’y être présent. Cela ne repose pas sur l’analyse de l’information. À présent, les fonctions d’enquête dont ces canaux disposent ne sont tout simplement pas suffisamment au point pour qu’on puisse les considérer comme étant solides et efficaces. Ma crainte est de voir les médias titulaires, pour lesquels ces technologies présentent un très grand effet perturbateur, se laisser tenter de compter à outrance sur ces services afin d’améliorer leur bilan. Et ce faisant, ils oublieront l’importance du service public qu’ils offrent.

Un service public

Si, en l’absence d’une solution de rechange crédible, devait disparaître le journaliste — une personne qui a été formée avec des normes professionnelles, qui souscrit à un code d’éthique précis et qui aspire aux normes les plus élevées pour la collecte et l’interprétation des faits en vue de formuler une analyse de l’information qui soit précieuse et intelligente — je crains que l’avenir du quatrième pouvoir en tant que pilier de la démocratie serait en danger.

À défaut d’un journalisme fort et confiant, qui consolera les affligés et affligera les nantis?

Sans les ressources pour fouiller des histoires, demandez-vous si des journalistes comme Daniel Leblanc et Campbell Clark du Globe and Mail auraient pu faire éclater le scandale des commandites sur la scène fédérale. Si Robert Fife de CTV aurait pu aller suffisamment au fond des choses pour révéler les pratiques inappropriées alléguées de Mike Duffy au chapitre de ses dépenses. Si CBC News à Saskatoon aurait pu jeter un éclairage aussi vif sur les abus qu’ont subi pendant plus de 30 ans les hommes et les femmes autochtones aux mains des services de police de cette ville. Si les journalistes de L’actualité auraient pu consacrer huit mois à enquêter sur la façon dont les Forces armées canadiennes traitent les plaintes d’agression et de harcèlement sexuel.

Nous savons que la production de contenu local de grande qualité comporte un coût élevé. Personne au Canada ne dépense davantage pour produire du journalisme que les quotidiens imprimés et les stations de télévision traditionnelles privées. Les deux font face à différents défis, en partie en raison d’un affaissement du marché publicitaire. Leurs modèles de fonctionnement sont menacés, et plusieurs d’entre nous se demandent ce qu’il adviendra d’eux au cours de la prochaine décennie si des changements fondamentaux ne sont pas apportés et si des solutions de rechange ne voient pas le jour.

Une vision et des investissements

Certains posent des gestes. La Presse, et plus récemment le Toronto Star, ont misé gros sur la réussite de leurs modèles en ligne — tellement que La Presse n’est plus imprimée en semaine. Voilà une décision audacieuse, mais voyez comme elle porte ses fruits. Depuis que l’application La Presse+ a été mise en service gratuitement en 2013, le nombre de lecteurs quotidien s’établit à 243 000, soit beaucoup plus que le niveau jamais atteint par la version imprimée du journal, qui a été de 221 000 en 1971. De plus, le nombre de lettres à l’éditeur a quadruplé en 2015, le lectorat a augmenté de 22 p. 100 depuis septembre et le journal accapare maintenant une part de marché de 63 p. 100 chez les 25-54 ans. Manifestement, La Presse fait bien les choses, y compris intégrer du contenu vidéo qui ressemble à du contenu télévisuel.

Pour les radiodiffuseurs, il y a une bonne nouvelle : un changement de cette nature est possible, moyennant beaucoup de volonté et d’investissement et un peu d’imagination. Il y a amplement d’argent dans le système de radiodiffusion pour appuyer la création d’émissions d’information et de bulletins de nouvelles locales — sans compter de nouvelles approches pour en tirer des revenus. Le défi auquel font face les radiodiffuseurs n’est pas de trouver de nouvelles sources de revenus afin de financer un tel changement; c’est de redistribuer l’argent déjà présent dans le système pour tenir compte de cette nouvelle réalité commerciale. L’entreprise qui le fera aura certainement une longueur d’avance, même sur ses concurrents des médias sociaux, lesquels sont loin de pouvoir consacrer autant de ressources et d’efforts à la collecte des nouvelles.

Les obligations d’un contrat social

Les Canadiens disent vouloir obtenir une couverture et une analyse de l’information. Je suis ici pour vous dire que les radiodiffuseurs ont un contrat social avec les Canadiens. En échange de l’utilisation des ondes publiques en vue de livrer leurs productions dans les foyers et sur les appareils des Canadiens partout au pays, ces entreprises ont également le devoir de servir l’intérêt public. Elles doivent s’assurer que la couverture et l’analyse de l’information, en particulier à l’échelon local, soient effectuées selon des normes élevées.

Au cours des prochains mois, le CRTC leur demandera de rendre compte en ce qui concerne le respect des obligations de leur contrat social. Les licences des grands radiodiffuseurs doivent être renouvelées en 2017. Les Canadiens s’attendent à ce que nous accordions une attention particulière à la qualité et à la quantité de bulletins de nouvelles et d’émissions d’affaires publiques qu’ils offrent. S’ils ne respectent pas leur contrat avec les Canadiens, nous n’hésiterons pas à poser des gestes.

De solides assises

L’information locale à la télévision ne remplit pas sa mission. Mais il n’y a pas de raison pour qu’il en soit ainsi. Le système est en position de force.

Le personnel qui y travaille est composé de gens compétents formés dans les écoles de journalisme qui comptent parmi les meilleures au monde.

C’est ce que veulent les auditoires. Un récent rapport Numeris comportant des données sur l’auditoire montre que le bulletin de nouvelles du soir à la télévision locale attire 20 p. 100 des foyers dans certains marchés.

De manière tout aussi importante, ces émissions sont bien financées. En 2014, les stations de télévision ont consacré plus de 470 millions de dollars à la programmation et aux émissions d’information locales; c’est sans compter les 150 millions de dollars et plus que les radiodiffuseurs ont consacrés aux stations de télévision communautaire.

Ces données me disent quatre choses.

Tout d’abord, l’industrie compte énormément de ressources. Les gens qui s’activent aux nouvelles locales sont des personnes dédiées à leurs tâches. Leur travail et leurs collectivités leur importent. J’invite les dirigeants de l’information à tirer profit de cet enthousiasme et à financer les idées qui en ressortent afin de créer de nouveaux produits qui fascineront les auditoires avides d’information.

Deuxièmement, un service de nouvelles locales qui est riche en information et en analyse et qui valorise une production de grande qualité peut s’avérer un agent de différentiation concurrentiel dans un contexte de multiplateformes. Les Canadiens sont avides de ce contenu. Le radiodiffuseur qui leur proposera de la meilleure façon sortira vainqueur.

Troisièmement, bien que les Canadiens continuent de regarder les bulletins de nouvelles à la télévision, les radiodiffuseurs éprouvent de la difficulté à tirer un avantage monétaire de cet auditoire car, de plus en plus, l’argent de la publicité est dirigé vers les plateformes numériques. Dites aux gens de marketing qu’ils font erreur. Les nouvelles locales à la télévision attirent des auditoires importants sur des plateformes où l’on ne zappe pas et où l’on ne bloque pas les publicités.

Quatrièmement, le radiodiffuseur qui prospérera sera celui qui trouvera des moyens d’adapter son modèle opérationnel au nouveau contexte de la programmation sur demande et riche en informations.

Une subvention pour les nouvelles

Il y a peu, nous avons terminé une audience de deux semaines sur la télévision locale et communautaire. J’ai écouté les Canadiens s’exprimer de manière intelligente et passionnée sur plusieurs des enjeux dont je viens tout juste de parler, alors que les dirigeants d’entreprises qui possèdent des yachts luxueux et des hélicoptères privés sont venus dans l’espoir d’obtenir des subventions.

Lorsque les radiodiffuseurs se présentent devant le CRTC afin d’obtenir de nouvelles licences ou que des mégatransactions soit approuvées, ils font toutes sortes de promesses sur la façon dont ils investiront dans la programmation. Mais dès que nous mettons sur pied une audience sur les politiques, on nous dit que les tiroirs sont vides.

Le capitalisme et le journalisme forment un drôle de tandem. Mais c’est pire encore entre la couverture de l’information et les subventions gouvernementales. Alors, avant de nous laisser berner avec l’idée de mettre de l’avant du financement afin de soutenir l’analyse de rentabilisation des services de nouvelles locales à la télévision — si on pouvait mettre de l’avant un argument de politique publique valable — nous devons à tout le moins nous poser une question : les autorités politiques — qui devraient rendre des comptes par l’entremise de la couverture de l’information — devraient-elles participer, de manière directe ou indirecte, à la définition des sujets qui feront l’objet d’une enquête ou qui seront couverts et traités dans le cadre des nouvelles?

Préserver le bien public que représente le journalisme dans une société démocratique est un objectif valable. Mais cela en vaut-il la peine si la mise en œuvre de solutions établissant un précédent met en danger le principe même de l’indépendance journalistique par rapport à l’ingérence gouvernementale?

Si notre société ne tolère pas l’ingérence d’un conseil d’administration quant aux sujets qui sont abordés dans un bulletin de nouvelles— ou qui ne sont pas abordés, alors pourquoi serait-il plus sage d’ouvrir la porte à une ingérence gouvernementale indue?

Si les Canadiens valorisent la présence de nouvelles locales à la télévision et si les revenus publicitaires ne peuvent plus suffire à la tâche, ne devraient-ils pas contribuer à leur financement au moyen de fondations libres de tout lien de dépendance? De la même façon, ne devraient-ils pas se tourner vers les radiodiffuseurs eux-mêmes pour trouver des solutions?

Les gens des milieux juridiques disent que les dossiers difficiles engendrent de mauvaises lois. Les dossiers difficiles engendrent aussi de mauvais règlements. Si, en agissant de manière précipitée pour trouver une solution, nous faisons fi de ces principes fondamentaux acquis au fil des siècles et qui sont à la base de notre démocratie, qu’aurons-nous vraiment obtenu?

Comme je ne peux parler encore des résultats de notre audience sur la programmation télévisuelle locale et communautaire, permettez-moi de porter notre attention sur nos décisions découlant de Parlons télé et leur mise en œuvre.

La télévision selon vos règles

Je ne doute pas que vous avez entendu parler des changements importants qui toucheront le système de télévision à compter du 1er mars. C’est à cette date que les compagnies du câble et du satellite devront commencer à proposer un nouveau forfait de services de télévision de base qui accorde la priorité à la programmation locale. Nous avons exigé ce changement, entre autres, afin que les services de télévision soient plus abordables; aussi, afin de mettre en relief le rôle du contenu local dans le système de télévision; et pour souligner à nouveau le devoir social des radiodiffuseurs d’offrir un service public aussi important.

Outre le forfait de base, les Canadiens pourront choisir les chaînes qu’ils désirent, soit à la carte, soit au moyen de plus petits forfaits.

Nous avons exigé ce changement avec le désir de répondre aux tendances technologiques et aux préoccupations du public. Durant Parlons télé, les Canadiens nous ont indiqué que les fournisseurs de télévision par câble et par satellite proposent des forfaits de base trop gros et trop chers.

Les Canadiens ont salué nos décisions lorsqu’elles ont été annoncées, il y a près d’un an. Le changement est mis en œuvre de manière responsable et mesurée afin de s’assurer que le système de télévision ait le temps de s’adapter. Certains ont répondu positivement. Par exemple, le service à la carte est déjà devenu un modèle de prestation de service pour certains fournisseurs.

D’autres font traîner les choses en longueur. Ils font des mises en garde à l’égard de déficits et de coupures de postes. Ils cherchent à créer la division et à faire modifier la politique publique, alors qu’il est déjà trop tard.

Leur moment de gloire

Les câblodistributeurs et les entreprises de distribution par satellite ne devraient pas envisager ce changement comme une occasion de remplacer des pratiques commerciales destinées à maximiser les profits aux dépens de consommateurs captifs par de nouvelles formes de comportement contraires aux intérêts des consommateurs. Plutôt, je leur demande instamment d’améliorer encore davantage les produits qu’ils proposent aux Canadiens, et de remettre le contrôle des téléviseurs entre les mains des téléspectateurs, c’est-à-dire leurs clients. Voilà l’occasion pour eux de connaître un moment de gloire.

Nous allons prêter attention à la mise en œuvre de ces changements au cours des prochains mois, et nous n’hésiterons pas à agir si certaines entreprises affichent un mépris pour les souhaits des Canadiens, nos décisions et l’esprit des résultats qu’ils visent à atteindre.

J’ai mentionné à maintes occasions déjà que tous ne trouveront pas ce changement facile. Il va créer des défis de croissance. Certains feront peut-être faillite. Chose certaine, cela a fait en sorte que l’organisme de réglementation que nous sommes est sous une surveillance accrue.

Je salue cette surveillance. Nous maintenons le cap. Nous redonnons aux Canadiens le contrôle de leur système de communication. Nous utilisons leurs idées, leurs commentaires pour nous aider à élaborer un cadre pour le changement. Nous prenons des décisions dans l’intérêt public plutôt qu’au bénéfice d’intérêts privés.

Avoir à l’œil des occasions futures

Le système de télévision doit suivre notre exemple. Les dirigeants d’entreprises ne peuvent se cacher la tête dans le sable et prétendre que rien n’est en train de changer. Ils doivent relever le défi de la nouvelle ère de contenu et s’y attaquer de front. Les vieilles façons de faire — presser le citron jusqu’à la dernière goutte pour sortir tout le profit possible de la substitution simultanée ou utiliser du contenu loué conçu aux États-Unis — ne sont plus viables. Le véritable contenu de qualité attire les téléspectateurs. Les créateurs d’un tel contenu connaîtront la prospérité.

Même si les radiodiffuseurs font des pas incertains vers l’avenir, à tout le moins ils amorcent le processus en position de force. Les fonds et le talent abondent dans notre industrie, et elle est appuyée par des « vidéovores » qui ont un goût marqué pour le visionnement de contenu. Les Canadiens possèdent cette capacité éprouvée de créer du contenu audiovisuel fascinant et de classe mondiale. Leurs prochaines innovations les aideront à réussir encore mieux sur les plateformes traditionnelles et numériques.

Cette nouvelle ère de la télévision, avec ses effets perturbateurs, est le résultat de l’importance et de l’omniprésence croissantes de la technologie Internet à large bande. Ce qui m’amène à mon dernier sujet aujourd’hui : l’avenir de la réglementation d’Internet à large bande.

Parlons Internet

Il est facile de concevoir Internet à large bande comme un mécanisme de livraison pour la télévision, les jeux et les films; or, c’est beaucoup plus que cela. C’est un canal pour accéder à des services de soins de santé, une voie vers les services gouvernementaux, une enceinte pour l’enseignement et l’apprentissage. Elle permet aussi d’accroître la productivité au pays grâce à des innovations comme les réseaux de circulation intelligents, les communications de machine à machine et l’Internet des objets.

Le CRTC est présentement au milieu d’un vaste examen des services de télécommunications de base du Canada. Le défi que nous devons relever est le suivant : comment nous assurer que les Canadiens, peu importe où ils se trouvent, puissent accéder à des réseaux à large bande qui soient rapides, fiables et abordables? Chacun d’entre nous participe de plus en plus à l’économie numérique, et il faut donc davantage de bande passante. Le CRTC a fixé ses vitesses cibles minimales pour Internet à large bande en 2011 : 5 mégabits par seconde pour les téléchargements et 1 mégabit par seconde pour les téléversements.

Au cours des cinq dernières années, le Canada a fait des progrès immenses. Ainsi, 96 p. 100 des Canadiens ont accès à des vitesses Internet d’au moins 5 mégaoctets par seconde. Cela dit, chaque point de pourcentage sous la barre de 100 signifie que des centaines de milliers d’entreprises et de foyers canadiens n’ont pas un tel accès.

Notre ambition pour l’avenir numérique

À présent, d’autres grands pays fixent des cibles plus élevées. Les États-Unis visent des vitesses minimales de 25 mégabits par seconde, l’Allemagne, 50 mégabits par seconde. Nous devons maintenant revoir nos propres cibles, celles que nous ambitionnons d’atteindre.

Notre examen des services de télécommunications de base a commencé en avril dernier. Depuis, nous avons reçu plus de 26 200 interventions, au-delà de 100 intervenants ont demandé à comparaître à notre audience publique et plus de 23 500 Canadiens ont répondu à notre questionnaire jusqu’à présent.

La réponse montre que les Canadiens prennent cet enjeu à cœur.

Nous rejoignons les gens au moyen de canaux traditionnels et en ligne. Il nous importe tout autant de connaître l’avis des gens qui ont un service Internet limité ou n’ont aucun service que celui des personnes qui bénéficient d’une bonne qualité de service. Voilà pourquoi nous organisons des groupes de discussion avec des Canadiens vivant dans de petites collectivités qui n’ont aucun accès aux services à large bande ou qui sont mal servis par les services à leur disposition.

La prochaine étape de notre consultation consiste en une audience publique qui s’amorcera en avril. Les parties auront l’occasion de présenter des données, qui seront examinées et débattues par des gens ayant des points de vue opposés. Mes collègues du Conseil et moi-même avons hâte d’entendre les arguments, de remettre en question les affirmations et d’examiner les éléments que nous recevrons.

J’espère que cette audience retiendra autant l’attention que les première et deuxième phases. J’espère également que la discussion attirera un plus grand nombre de représentants de municipalités, d’hôpitaux, d’établissements d’enseignement et d’autres groupes de la société civile. Pour bien des gens, Internet est une source de divertissement; mais c’est aussi un élément clé pour la compétitivité sociale et économique de notre pays.

Écouter les Canadiens

Au début de ce discours, j’ai mentionné que de nombreux Canadiens et de nombreuses entreprises sont en accord avec la direction que nous au CRTC prenons. Ils réagissent de manière positive en innovant et en modifiant leurs pratiques et leurs comportements.

D’autres ne font que se plaindre. Ils s’érigent en prophètes de malheur : coupures de postes, pertes de revenus, fermetures de stations. Ils se tournent vers les tribunaux ou vers le Conseil des ministres pour qu’on leur prête secours. Ils ont droit de le faire, mais cela ne veut pas dire qu’ils sont dans le droit chemin.

Je félicite les membres du premier groupe qui ont la clairvoyance de déceler le potentiel devant nous tous, qui écoutent les demandes du public, qui adoptent de nouveaux modèles opérationnels et qui donnent aux Canadiens le contrôle de leur système de communication. Tel est le chemin de la réussite.

Les gestes que pose le deuxième groupe me rassurent moins. En ce moment, son credo semble être de créer des polémiques qui divisent et qui vont dans le sens de leurs propres intérêts, plutôt que d’agir de manière prospective.

En ce qui nous concerne, au CRTC, nous demeurerons fidèles aux paroles de Ralph Waldo Emerson : nous maintenons le cap dans ce trajet tracé avec les Canadiens et nous irons jusqu’au bout.

Nous ne restons pas là à nous croiser les bras dans l’espoir que passe la tempête du changement.

Nous rejoignons les Canadiens. Nous les amenons au centre de nos conversations sur l’avenir de la radiodiffusion et des télécommunications dans ce pays. Nous leur redonnons le contrôle de leur système de communication en établissant un cadre réglementaire qui soutient la richesse collective, et non la richesse personnelle.

Maintenir le cap

Je vous invite et j’invite tous ceux qui ne sont pas ici à suivre notre exemple.

Écoutez les Canadiens.

Adhérez au changement qu’ils veulent.

Regardez vers l’avenir. Planifiez en conséquence.

Maintenez le cap.

Merci.

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